5 juin 2014 Françoise

Une pilule, une p’tite granule

20140531-084848-31728572-e1402018699516J’ai récemment vécu mes premiers pas en tant que DGA de la Société pour les arts en milieux de santé, un organisme qui présente des concerts dans les CHSLD et hôpitaux du Québec. J’assistais pour l’occasion à un concert du guitariste Matthieu Léveillé intitulé Les mémoires d’une guitare au CHLSD Notre-Dame de la Providence dans Hochelaga-Maisonneuve.

À mon arrivée, je m’installai donc bien sagement à l’arrière de la salle communautaire où avait lieu le concert. Une dizaine de personnes en chaise roulante attendaient déjà patiemment tout en bavardant ou tricotant. J’observais avec quel soin les infirmières et le personnel étaient attentifs aux patients tous si différents les uns des autres. « Ils sont beaux », me suis-je dit en les regardant. Comment était cette femme dans sa jeunesse? A-t-elle eu un mari, des enfants? Où habitait-elle? Et ce monsieur qui veut toujours se lever, quel métier exerçait-il? Et ces deux femmes qui marchent en se tenant gentiment la main, comment se sont-elles rencontrées?

Alors que je me posais toutes ces questions, je remarquai qu’une musique était diffusée en arrière plan pour mettre dans l’ambiance et masquer un tant soit peu le brouhaha des arrivées successives.

Mais voilà, ce fut bientôt l’heure du concert ! Matthieu Léveillée, un musicien qui compte plusieurs années d’expérience dans ce type de prestations et qui exerce son art aussi au chevet de patients en fin de vie, se présenta puis entama sa première pièce. Instantanément, le silence fut, l’attention, captée. La puissance de la musique, même réduite à sa plus simple expression – un musicien, un public – se révéla dans toute sa splendeur, opérant une transfiguration aussi soudaine qu’inattendue.

Mais oui, comment avais-je pu oublier? La musique vivante rend vivant! Elle fait danser les pieds engourdis et ranime les cœurs fatigués. L’espace d’un seul instant, d’une seule note reconnue, elle insuffle une dignité retrouvée. Alors que mon corps usé peine, mon cœur, mon intellect lui, vit encore grâce au plaisir. Et à chaque fois que j’éprouve ce plaisir, je combats de la façon la plus humaine qui soit la maladie et qui sait, peut-être aussi la mort.

Allez savoir pourquoi, si durant ces 45 minutes, je dus retenir mes larmes plus d’une fois? Toute une entrée en poste, vous dis-je 😉

Une pilule, un p’tite granule? Non merci, je prendrai plutôt une double dose art et de musique, merci beaucoup.

Françoise Henri
Directrice générale et artisque

Photo: Matthieu Léveillé, 30 mai 2014

Et vous, quelle musique souhaitez-vous entendre ?

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